Après avoir perdu en 1926 son épouse Elizabeth Balfour, the Rt. Hon. Thomas Kennedy Laidlaw souhaitait naviguer en famille sur un yacht performant lui permettant de continuer de régater. Il fait projeter par James R. barnett, du Cabinet G.L. Watson de Glasgow un voilier de 50 pieds à la flotaison, qui sera le dernier Gaff Cutter réalisé en Ecosse (et par suite, dans le monde). Construite par le chantier d'Alexander Robertson & Sons Ltd, Pretty Polly (inscrite au n°180 du livre du chantier), fut mise à l'eau à Sandbank, sur la Clyde, le 10 juin 1929. (voir la photo ci-dessus)
Pretty Polly s'est montrée à la hauteur de espérances de T.K. Laidlaw : manoeuvrée par un équipage de 8 marins et avec pour skipper, Sandy Geoffrey ancien Maître (petty officer) du R.Y. Britannia, il a gagné avec Pretty Polly de nombreuses régates dont la Queen's Cup de Cowes 1933/34 et Torbay en 1937. Par ailleurs, son petit-fils évoquait souvent avec nostalgie devant sa fille et son petit-fils, les merveilleuses vacances passées à bord.
Conseiller privé pour l'Irlande du roi George V , membre du Royal Yacht Squadron de Cowes , the Rt. Hon. T.K. Laidlaw, éleveur de chevaux de course en Irlande avait choisi de donner à son nouveau yacht, le nom de la jument d'exception de son ami qui avait surclassé, entre 1903 et 1905, tous les pur-sangs de sa génération et qui était considérée en 1929 et demeure, l’une des plus exceptionnelles jument du siècle. Il avait par ailleurs redonné à Pretty Polly le n° de voile et nombre fétiche de ses précédentes unités (Lufra puis Tarpon), le 11.
En 1936, à 72 ans, il cède Pretty Polly à son fils Robert ‘Robin’ comme lui membre du Royal Yacht Squadron et du Jockey Club. Pour ne plus dépendre des remorqueurs, Robin fait ajouter par Belgius un moteur auxiliaire à essence de 2 cylindres de 15 CV.

Sir Colin McNeal acquiert Pretty Polly en 1947. Il désarme le grand Moonbeam de William Fife dont il est alors propiétaire et la rebaptise Moonbeam Junior, puis Moonbeam.
Membre du Royal Corinthian Yacht Club dont les membres sont armateurs et skippers, il fait d'abord ajouter un dog house puis un siège de barre surrélevé pour plus de confort en course et en croisière. Il renforce aussi la motorisation, remplaçant en 1953 le moteur auxiliaire 2 cylindres par un moteur Gardner 4 cylindres de 60 CV, remplacé en 1959 par un autre Gardner de 6 cylindres et 95 CV. Retiré des affaires et de la course en 1956, il a profité de Moonbeam comme yacht de plaisance pour naviguer en méditerranée en été et dans les caraïbes en hiver, celà pendant plusieurs années, jusqu'en 1970.
Harold et Patricia Sulger qui ambitionnent de faire le tour du monde à la voile acquièrent Moonbeam en 1970. Ils font revêtir les œuvres vives de feuilles de caoutchouc chloré qui ont depuis préservé la coque en teck des attaques des petits animaux marins et du temps. (un rapport détaillé décrivant l’opération était à bord). Ils rebaptisent leur yacht Saracen.
En 1976, ils cèdent Saracen à Jack du Gan, pilote de la Pan Am. La remise en état jugée nécessaire par H.M. Tiedemann dans son expertise de novembre 1976 est partiellement réalisée. Mais en particulier, il fait concevoir par Hood le mât en aluminium toujours en place. Depuis son port d'attache à Palm Beach en Floride, Saracen navigue en charter dans les Caraïbes, pendant près de 10 ans.
Graham H. Lambeth, entrepreneur immobilier de Philadelphie acquiert Saracen en 1987. Après l’avoir déclarée comme Chimera, il la rebaptise Courtlinne en hommage à ses filles Courtney et Alinne. Il navigue en Floride puis remonte vers le New Jersey pour entreprendre la restauration qui s'impose désormais. En 1988, Courtlinne est mise à sec pour une remise en état de ses équipements, à Greenwich sur la Cohansey (rivière de la rive nord du Delaware). La crise de l'immobilier le contraint à renoncer.

En septembre 1990, Courtlinne est proposée à la vente à Giorgio Lo Stimolo, architecte italien exerçant à Paris, qui cherche depuis 3 ans un voilier classique avec des exigences très précises. Courtlinne répond aux critères qu'il s'était fixé: la coque et les bordées en teck de même que le mât et les haubans sont en parfait état; la distribution intérieure est pensée pour la plaisance et le mobilier d'origine encore présent, quoiqu'en piteux état, promet une fois restauré, de rendre ce yacht très agréable à vivre. D'ailleurs, Paul Coble conclut son expertise de décembre 1990 en notant qu'il a rarement vu un bateau de cet âge dans d'aussi bonnes conditions. (voir le rapport de 14 pages).
Néanmoins, l'ensemble du gréément, une baume trop courte, la grand-voile hors d'usage (qui porte encore le n°8 de Moonbeam) et un accastillage insuffisant ne permettent pas d'envisager de traverser l'Atlantique en sécurité. Aussi, le rapatriement en Europe est effectué par cargo de Baltimore au Havre. Deux années de restauration effectuée à flot à Choisy le Roi sur la Seine, redonnent à ce yacht son ancienne splendeur. Son nouvel armateur lui donne le 2éme prénom de son épouse, Juliette. (Voir le détail de cette campagne de restauration)
Les premières navigations de Juliette depuis Deauville lui permettent à un retour à Cowes en Angleterre, où Sir Beken est ravi de retrouver ce yacht dont il se souvenait parfaitement et d'en faire à nouveau le portrait. La similitude de ses photos avec celles d'il y a 30 et 60 ans montre que la modernisation n'a en rien perturbé sa ligne sur l'eau.
Après quelques années au musée maritime de La Rochelle, puis à Port Saint Louis du Rhône près de Marseille, Juliette est depuis 2009 à Palerme en Sicile.
en 2019, pour redonner une nouvelle jeunesse à ce yacht de 90 ans et rendre à sa coque sa solidité et fiabilité d’origine, une nouvelle campagne de travaux a été confiée à l’Oceanica Naval cantiere de Licata (AG – Sicile). A l’occasion, son installation électrique a été remise à neuf et son moteur est remplacé par un autre GARDNER similaire.
